Le Panafricain

Hors-série n° 1

40 CARTES

pour comprendre

l’Afrique souveraine

Ressources, monnaies, dettes, corridors, données, armées, peuples : 40 cartes et infographies pour comprendre qui tient les leviers du continent, et comment l’Afrique reprend la main.

Novembre-décembre 2026

Les 40 cartes et le magazine PDF sont réservés aux abonnés

Avant-propos

Reprendre la carte

Pendant plus d’un siècle, les cartes de l’Afrique ont été dessinées ailleurs. À Berlin, en 1884 et 1885, des puissances européennes ont fixé entre elles les règles du partage d’un continent dont aucun représentant n’était convié ; les tracés qui ont suivi fixent encore une partie de nos frontières, de nos langues officielles et de nos routes, qui mènent davantage aux ports qu’aux capitales voisines. Aujourd’hui encore, la plupart des atlas présentent l’Afrique comme un terrain de rivalités entre puissances, un réservoir de minerais ou une source de migrations. Rarement comme un acteur.

Ce hors-série fait le chemin inverse. Il regarde le continent depuis le continent, avec une seule question : qui tient les leviers ? Qui extrait et qui transforme, qui prête et qui rembourse, qui construit les corridors et qui les contrôle, qui héberge les données, qui assure la sécurité, qui décide du prix de l’or ou du cacao ? Chaque carte répond à cette question pour un domaine précis, chiffres officiels à l’appui.

La souveraineté n’est pas un slogan. Elle se mesure : en parts de production transformées sur place, en dettes libellées dans sa propre monnaie, en kilowattheures produits pour ses usines, en câbles et en serveurs installés sur son sol, en armées capables de tenir leurs frontières. C’est cette mesure que nous proposons, pays par pays, sans complaisance et sans fatalisme. Les chiffres disent où en est l’Afrique ; ils disent aussi ce qui bouge, et ce qui bouge vite.

Quarante cartes, cinq parties, trois tableaux de bord : un atlas pour ceux qui décident, investissent, enseignent ou s’engagent, sur le continent et dans la diaspora. Toutes les données sont datées et sourcées ; les plus récentes s’arrêtent à la fin octobre 2026. Bonne lecture, et bonne reconquête de la carte.

Loïc OKOUMA, directeur de LePanafricain

Sommaire

I

Le sol et le sous-sol

Éditorial

La rente ne suffit plus

L’Afrique détient une part décisive des minerais dont dépendent la transition énergétique et l’industrie numérique : cobalt, manganèse, platine, bauxite, graphite. Elle produit l’essentiel du cacao mondial et une large part de la noix de cajou. Pourtant, l’essentiel de la valeur se crée ailleurs, là où le minerai devient batterie et la fève devient chocolat.

Quelque chose a changé depuis 2020. Des États interdisent l’export de minerais bruts, exigent des raffineries, relèvent leur participation dans les mines, renégocient des conventions signées dans l’urgence. Certains de ces choix sont solides, d’autres relèvent de l’annonce ; tous dessinent une même volonté : ne plus être le premier maillon d’une chaîne dont on ne maîtrise pas la suite.

Les cartes qui suivent mesurent ce mouvement : où sont les ressources, qui les exploite, ce qui est transformé sur place et ce qui ne l’est pas encore. Elles montrent aussi ses limites : sans électricité abondante, sans capitaux et sans compétences, l’interdiction d’exporter brut ne suffit pas à créer l’usine.

Loïc OKOUMA, directeur de LePanafricain

II

Monnaie, dette, finance

Éditorial

Qui tient la monnaie tient le reste

Un État peut posséder ses mines, ses ports et ses terres, et rester dépendant s’il ne maîtrise ni sa monnaie, ni le coût de son argent. Une dette libellée en dollars se rembourse en exportations ; un taux d’intérêt fixé à Londres ou à New York pèse davantage sur un budget que bien des décisions prises dans la capitale ; un pays inscrit sur une liste grise voit ses banques et sa diaspora payer plus cher chaque transfert.

L’Afrique emprunte cher. Elle paie souvent ses euro-obligations deux à trois fois le taux consenti aux pays riches, et plusieurs États consacrent davantage au service de leur dette qu’à leur santé publique. Les programmes du FMI apportent des financements et un sceau de crédibilité, en échange de conditions qui pèsent sur les choix budgétaires. Le débat sur le franc CFA, lui, oppose la stabilité d’une parité fixe à la liberté d’une politique monétaire propre.

Mais le continent invente aussi ses propres outils : le paiement mobile, où il a pris une avance mondiale, des bourses régionales, des fonds souverains, des systèmes de paiement panafricains, et l’épargne de sa diaspora, qui dépasse désormais l’aide publique reçue. Les cartes qui suivent mesurent ces deux réalités : la dépendance financière, et les instruments qui permettent d’en sortir.

Loïc OKOUMA, directeur de LePanafricain

III

Flux, énergie, numérique

Éditorial

Tenir les tuyaux

Une économie ne vit pas seulement de ce qu’elle produit, mais de ce qui circule : marchandises, électricité, données, paiements. En Afrique, une grande partie de ces flux passe par des infrastructures que les États ne contrôlent qu’en partie. Les terminaux à conteneurs sont concédés pour des décennies à des groupes européens, émiratis ou chinois ; les câbles sous-marins appartiennent à des consortiums d’opérateurs et, de plus en plus, aux géants américains du numérique ; les données de bien des administrations sont hébergées hors du continent.

L’héritage pèse. Les chemins de fer de l’époque coloniale reliaient les mines aux ports, rarement les capitales entre elles ; seize pays n’ont aucun accès à la mer ; la majorité des personnes privées d’électricité dans le monde vivent au sud du Sahara. À certaines frontières, les camions attendent encore plusieurs jours avant de passer.

Le mouvement est pourtant engagé : corridors transversaux, ports en eau profonde, barrages et centrales solaires, data centers construits sur le sol africain, satellites lancés par des agences africaines, et une zone de libre-échange continentale qui veut faire du marché africain le premier débouché des producteurs africains. Construire ne suffit pas : il faut savoir qui exploite, qui encaisse et qui peut couper. Les cartes qui suivent posent ces trois questions, infrastructure par infrastructure.

Loïc OKOUMA, directeur de LePanafricain

IV

Sécurité et puissances

Éditorial

La sécurité ne se délègue pas

Depuis 2022, la carte militaire de l’Afrique a davantage changé qu’en trente ans. L’armée française a quitté le Mali, le Burkina Faso et le Niger, puis rendu ses bases au Tchad, en Côte d’Ivoire et au Sénégal ; les forces américaines ont quitté le Niger. D’autres puissances sont arrivées ou se sont renforcées : la Russie, par l’ancien groupe Wagner devenu Africa Corps, la Turquie et ses drones, les Émirats arabes unis et leurs ports, la Chine et sa base de Djibouti, où se côtoient aussi les armées des États-Unis, de la France, du Japon et de l’Italie.

Ce basculement est souvent présenté comme un simple changement de parrain. La réalité est plus nuancée. Des États ont dénoncé des accords qu’ils jugeaient déséquilibrés et cherchent des partenaires qui posent moins de conditions ; d’autres diversifient pour ne dépendre de personne. Mais la violence n’a pas reculé : le Sahel central, le Soudan et l’Est de la RDC restent parmi les foyers les plus meurtriers du continent, et des millions de personnes ont dû fuir.

La sécurité est le premier attribut de la souveraineté. Un État qui ne protège ni ses frontières, ni ses populations, ni ses mines laisse d’autres décider à sa place. Les cartes qui suivent montrent qui est présent, qui arme, qui finance et qui négocie la paix, souvent loin du continent. Elles posent une question simple : la sécurité de l’Afrique est-elle d’abord l’affaire des Africains ?

Loïc OKOUMA, directeur de LePanafricain

V

Peuples et pouvoirs

Éditorial

Le nombre et la voix

En 2050, un habitant de la planète sur quatre sera africain, selon les projections de la Banque mondiale. Aucune autre région ne connaîtra pareille croissance, ni une jeunesse aussi nombreuse, ni des villes qui grandissent aussi vite. Ce poids démographique est la donnée la plus solide de ce numéro, et la plus lourde de conséquences : il faudra des emplois, des écoles, des logements, de l’électricité et des transports pour des centaines de millions de personnes supplémentaires.

Le nombre ne fait pas la puissance ; il en donne la possibilité. Une jeunesse sans travail émigre ou se révolte ; une jeunesse qui trouve un emploi sur place bâtit un marché intérieur et des États plus solides. La légitimité des pouvoirs compte autant que la démographie : les coups d’État qui se sont succédé depuis 2020, les transitions qui s’éternisent et les élections contestées affaiblissent les États face aux pressions extérieures autant que face à leurs citoyens.

Cette dernière partie regarde les peuples et ceux qui les gouvernent : la démographie, les villes, la diaspora, les élections, les ruptures de l’ordre constitutionnel, et la place de l’Afrique dans les institutions mondiales, de l’ONU aux BRICS et au G20. Cinquante-quatre États pèsent plus d’un quart des voix à l’Assemblée générale des Nations unies. Encore faut-il qu’ils parlent ensemble.

Loïc OKOUMA, directeur de LePanafricain

Données datées et sourcées carte par carte ; bouclage au 31 octobre 2026. Fonds de carte Natural Earth (domaine public) ; les frontières représentées n’impliquent aucune prise de position sur les territoires disputés. Pour aller plus loin, nos outils d’intelligence économique mettent à jour ces données en continu.